François à Québec

En 1717, mourut à Québec François Comeau, fils de Jean et Françoise Hébert de Port Royal. Une veuve d’une vingtaine d’années, Marie-Jeanne Soulard, lui suivit. Il meurt sans progéniture. On le dit arquebusier en la ville de Québec. Les arquebusiers étaient tantôt appelés armuriers, serrurier ou orfèvre, leur occupation principale étant l’entretien et la réparation des armes à feu.

Fils de Jean Comeau, mon ancêtre, un fermier bien établi de Port-Royal, et de Françoise Hébert, je me demande quelle raison a poussé ce jeune homme à émigrer à Québec en cette période?

Lors d’un voyage en vieille Acadie, me promenant sur la rue principale d’Annapolis Royal, une plaque historique sur une vieille habitation m’informe que cet édifice, le Sinclair Inn, était habité en 1710 par Jean-Baptiste Soulard, « silversmith » ou arquebusier. Cette information m’incite à ouvrir une nouvelle filière sur un autre Comeau oublié, mort loin des siens et sans descendance.

De retour au foyer, quelques recherches me dissent que le 2 février 1710 à Port Royal, J.B. Soulard a épousé Françoise Comeau, fille de Jean et Françoise Hébert et soeur de notre François. Un associé chercheur, Jean Comeau (de Drummondville), me dirige vers plusieurs causes à la Cour supérieure de Québec où le nom de François Comeau y figure souvent. De mon côté, un examen des minutes de notaires me fait découvrir une vingtaine de contrats couvrant la courte vie de notre héro à Québec.

Tout commence à Port-Royal avec la naissance de François en 1691. Il grandit entouré de ses frères et sœurs, une quinzaine en tout. Comme plusieurs jeunes, le travail au village lui plaisait plus que le travail de la ferme. Un peu avant 1710, un arquebusier de Québec, Jean-Baptiste Soulard, vient d’ouvrir une boutique près du fort, proche de ses clients, les militaires.

Approchant la vingtaine, il était temps pour François d’apprendre un métier et l’offre d’apprentissage avec ce nouveau venu semble intéressante. On suppose qu’une visite à l’atelier par quelques membres de la famille ou une invitation à un souper familial a allumé une flamme dans le cœur de Jean-Baptiste, toujours est-il qu’il épouse Françoise Comeau, une fille de Jean, âgée de 16 ans.

Hélas tout ne tourne pas rond à Port-Royal. Les Anglais saisissent Port-Royal à l’automne de 1710, quelque mois après leur mariage, mais la vie semble continuer sa cour, ce n’est pas la première fois qu’on est envahi! Mais en 1713, le traité d’Utrecht donne l’Acadie à l’Angleterre. Comme les anglais ont leur propre « gunsmith », Jean-Baptiste Soulard décide de retourner à Québec, suivi de son épouse, de deux enfants en bas âge et de son apprenti, François. Le père de Soulard, arquebusier royal à Québec, est décédé en 1710, une autre raison pour Jean-Baptiste de retourner au foyer et prendre la relève.

Et nous voilà à Québec, métropole de la Nouvelle-France, population de 2 000 habitants en cette époque ! Et notre François devinant arquebusier en bonne et due forme et, sans s’éloigner, découvre lui aussi l’âme sœur.

C’est le 7 janvier 1715, à Québec, qu’il épouse Marie-Jeanne Soulard, demi-sœur de Jean Baptiste. Ici commence cette courte et difficile période de la vie de François ; causes de testament, de tutelle, d’association, de construction et de saisie.

D’abord pour défrayer le coût de la noce et s’installer convenablement comme arquebusier, François et son épouse durent faire un emprunt et cela, avec un suppose ami de la famille, Jean Gastin St-Jean, un aubergiste de Québec. Cet emprunt était garanti par la succession du père de Marie-Jeanne, mais Gastin n’est pas un homme patient. François se retrouve donc en cour le 29 mars 1715, sommé de rembourser cet emprunt. On retrouve tout ce monde à la même cour le 5 avril pour le jugement. Marie-Jeanne explique que des fonds de la succession vont être libérés bientôt et que la dette sera payée â l’automne. Une petite amende et on attendra jusqu’â l’automne.

Ensuite vient le temps de s’établir. Le 25 mai 1715, François fonde une société avec un autre arquebusier, Joseph Genaple. L’entente est valide pour 18 mois : moitié-moitié pour l’ouvrage et les matériaux, même pourcentage pour les profits et en plus, François s’engage à nourrir, chauffer et loger le dit Genaple. Pour embrouiller les cartes, Joseph Genaple décide de se marier. On retourne en cour le 3 ao0t 1715 pour apporter des changements à l’entente. Genaple paiera le quart des dépenses de subsistance et le quart du loyer et on retourne à l’ouvrage.

Le futur semble assuré. La succession est sur le point d’être réglée et François décide de devenir propriétaire. Le 6 septembre 1715, il obtient une concession des Jésuites, un emplacement de 40 pieds de front par 90 pieds de profondeur sis au numéro 138 de la rue St-Jean pour une rente perpétuelle de 50 livres par an. Mais pour bâtir, ça prend de l’argent. François et son épouse vendent deux maisons appartenant à la succession, contrat très compliqué car Jean Soulard, le père de Marie-Jeanne s’est marié par trois fois, donc trots successions. Un des tuteurs d’une des successions est nul autre que Gastin, et à qui vendent-ils ces maisons ? A Jean Gastin St-Jean! Ce contrat, fait en quatre parties, est pour 2 400 livres, dont 420 livres en comptant, monnaie de cartes courantes, 780 livres retenues pour l’emprunt vu plus haut, et la balance sera remise à Jean-Baptiste Soulard lorsqu’il sera convaincu que les produits de cette vente sont vraiment pour la construction d’une maison.

Dans la deuxième partie du contrat, J. B. Soulard admet avoir reçu 500 livres de Gastin pour ladite maison, et ça le 19 février 1716. Dans la troisième partie le 20 février 1716, J. B. Soulard reçoit 400 livres additionnel, et plus tard, le 5 mai 1716, Gastin règle le compte avec un autre 300 livres. Pendant ce temps Ie 2 janvier 1716, François signe un contrat de construction avec Martin Provost, un contracteur de Québec, pour la charpente d’une maison, pièce sur pièce de vingt pieds carrés. Une charpente prête à recevoir une couverture pour 360 livres.

Le 26 aout 1716, François prend une bonne décision, il vend la moitié de sa concession pour une rente de 35 livres par an, ce qui réduit sa part à 15 livres. Cependant tout ne va pas pour le mieux, les fonds nécessaires à la construction semblent être lents à apparaître. Entre le 12 et le 17 août 1716, on dénombre plusieurs visites en cour pour régler ces successions. On voit la veuve Riverin, Michelle Mars, la tutrice des enfants mineurs, Jean Gastin représentant d’une autre succession et les Soulard et Comeau tous tentant de s’accaparer ou de conserver les biens successoraux. Michelle Mars dit devoir acquitter Gastin pour les deux autres successions et donnera la balance aux enfants mineurs. La prévoté juge en faveur des Soulard et Comeau. Tout se règle par une saisie sur Michelle Mars et le juge ordonne a J. B. Soulard de remettre 200 livres à François comme provision.

Plan de Quebec en 1758

Voici maintenant que J. B. Soulard se traine les pieds. François va en c0ur pour faire libérer des fonds, il lui faut payer les employés, dit-il. Il obtient 421 livres, mais est force d’hypothéquer sa maison au cas ou ces fonds deviendraient rémissibles.
La maison semble être terminée, au recensement de 1718, on rapporte que le couple vivait au 138 rue St-Jean, Jean-Baptiste Soulard pas très loin, au 121 rue des Pauvres.

Le 17 février 1717, c’est le commencement de la fin, Françoise, sœur de François et épouse de J. B. Soulard meurt laissant trois enfants, dont un Presque naissant. Peut-être est-ce la raison du remariage de J. B. Soulard dès le 31 du mois suivant. François est témoin à ce mariage.

Le 15 août, François et Marie-Jeanne signent un acte de donation mutuel, prémonition ? François décède et inhumé le 22 novembre 1717, un inventaire de ses biens fut établi le 4 mars 1718. Pas de fortune, mais beaucoup de dettes. Le 25 avril 1718 Marie-Jeanne renonce à la communauté pour la raison que l’acceptance serait plus onéreuse que le refus. Et ainsi se termine l’existence de François Comeau, aurait-il fait mieux à Port-Royal ?

Document de 25 avril 1718

Tel que publié dans : l’Informateur, Bulletin d’Information de l’Association des Comeau d’Amerique., Vol.1 No.4, juin 1997

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